Subvention publique et contrats de sécurité : l’ULCC saisie après un rapport choc de la FJKL
, le dimanche 8 mars 2026 —Deux citoyens portent plainte contre des pratiques qu’ils jugent opaques, alors que le contexte légal soulève des questions sur les chances de poursuites effectives. Une nouvelle affaire de corruption présumée secoue la classe politique haïtienne.
Par Jean Wesley Pierre · Port-au-Prince · · 5 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Je dois d’abord connaître l’élément motivateur. » Quelles chances pour cette plainte ? C’est sur cette question que le dossier se heurte au mur de la réalité judiciaire et politique haïtienne. Plusieurs éléments contextuels assombrissent les perspectives de poursuites abouties. D’abord, l’ULCC elle-même, bien qu’ayant ouvert plus d’une centaine de dossiers en dix ans, a vu très peu d’affaires aboutir à des condamnations. L’impunité reste la règle, comme l’illustre le scandale du PetroCaribe où plusieurs milliards de dollars américains ont été détournés sans qu’aucune grande figure politique ne soit définitivement sanctionnée. Ensuite, un obstacle majeur vient d’être érigé par le gouvernement lui-même. Un décret controversé publié en décembre 2025 a considérablement complexifié la procédure de destitution des hauts fonctionnaires. Désormais, pour qu’un ancien ministre ou un haut responsable soit jugé par une cour ordinaire, il faudrait une procédure de mise en accusation devant la Haute Cour de Justice, nécessitant une majorité des deux tiers à la Chambre basse du Parlement — un seuil jugé « pratiquement impossible » par beaucoup d’organisations de défense des droits humains. De nombreux juristes estiment que ce décret, qui étend la juridiction de la Haute Cour aux anciens officiels, a été conçu pour « protéger les personnes qui volent l’argent de l’État ». Enfin, le système reste gangrené par une corruption systémique. Des enquêtes récentes, comme celle visant la ministre des Sports Niola Lynn Sarah Devalien Octavius pour un détournement présumé de 50 millions de gourdes, montrent que l’ULCC peut enquêter et recommander des poursuites. Mais dans ce dossier, malgré les preuves de « passation illégale de marchés publics », l’action publique peine à se concrétiser. La plainte des citoyens Bernard et Miradieu est juridiquement fondée et repose sur des éléments concrets fournis par la FJKL. Mais ses chances d’aboutir se heurtent à un système judiciaire verrouillé par des mécanismes légaux protecteurs des élites et à une culture d’impunité profondément enracinée. Comme l’écrivait récemment un expert, « ce n’est pas la pauvreté qui engendre la corruption, mais plutôt l’inverse ». Tant que les dirigeants pourront se doter de boucliers législatifs et que les institutions de contrôle resteront sous influence, les dénonciations, aussi étayées soient-elles, risquent de se perdre dans les sables de l’impunité. La réponse de l’ULCC et des parquets, sous la pression d’une société civile mobilisée, sera le premier test de la volonté réelle de ce gouvernement de lutter contre la corruption qu’il prétend combattre. Jean Wesley Pierre / Le Relief



