Bibliothèque municipale de Delmas : comment un jeune leader a transformé une fermeture en victoire collective
Le 22 avril 2026, la bibliothèque municipale de Delmas a rouvert ses portes après plusieurs mois de fermeture. Derrière cette réouverture, un combat méthodique mené par Rémy Seth, jeune formateur en développement communautaire, qui a articué lettre formelle, pétition, mobilisation de rue et dialogue avec la mairie. Retour sur une stratégie citoyenne qui a fait ses preuves.
Par Jean Wesley Pierre · Port-au-Prince
· 2 min de lecture
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Quand la bibliothèque municipale de Delmas a fermé, beaucoup l’ont regretté sans passer à l’acte. Rémy Seth, lui, a choisi de ne pas subir. Le 12 mars 2026, il rédige une lettre à l’attention du maire de Delmas, M. Wilson Jeudy. Son message est simple : rappeler la nécessité d’un tel espace pour les jeunes, les étudiants, les autodidactes. Pas de ton agressif, mais une argumentation articulée autour de l’éducation et du lien social.
Devant l’absence de réponse immédiate, la première phase cède la place à une action collective. Seth réunit d’autres jeunes partageant la même conviction. Ensemble, ils lancent une pétition qui circule largement, relayée par des commentaires et des partages sur les réseaux sociaux. L’idée fait son chemin : il ne s’agit plus d’une revendication individuelle mais d’une cause portée par un groupe.
Une couverture médiatique déterminante
Le mouvement a également su utiliser les médias. Seth et ses camarades ont obtenu des interventions dans plusieurs médias, ce qui a amplifié la pression sur les autorités locales. Les journalistes, en offrant un temps de parole, ont permis de sensibiliser un public plus large et de légitimer la demande.
Le maire Wilson Jeudy finit par entendre la voix collective. La réouverture est actée. Lors de la cérémonie, le maître de cérémonie a salué « l’importance de la lutte menée par Rémy Seth », soulignant que ce combat rappelle le rôle essentiel des bibliothèques dans une communauté.
Un nouveau défi : collecter des livres
La réouverture n’est pas une fin en soi. Seth le dit lui-même dans son message de remerciements : « La travail n’est pas fini ». Désormais, l’objectif est de collecter des livres pour nourrir les étagères. Cette seconde phase repose sur le même esprit de « konbit » (entraide collective) qui a permis la réouverture. Chaque don, chaque partage, chaque contribution compte.
Ce que cette victoire dit de la société civile haïtienne
L’affaire de la bibliothèque de Delmas montre qu’il est possible d’obtenir des résultats concrets sans violence ni discours extrême. La méthode choisie – courrier, pétition, médias, dialogue – est un modèle de plaidoyer local. Elle démontre aussi que les jeunes ne sont pas seulement des victimes de la crise, mais des acteurs capables de peser sur les décisions publiques.
D’autres communes pourraient s’inspirer de cette expérience. Car derrière chaque équipement fermé, il y a une communauté qui attend qu’un leader – ou un groupe – se lève pour défendre son droit à l’éducation et à la culture. Rémy Seth l’a fait. Reste à savoir si cet élan sera soutenu et reproduit ailleurs.



