En signature à Livres en folie: »Haïti (1986-2025) : l’état de l’État » – Un essai magistral de Pierre Josué Agénor CADET
Par La Rédaction · Port-au-Prince
· 3 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Avec son trente-quatrième ouvrage, Haïti (1986-2025) : l’État de l’État, publié en juin 2025 par Correct Pro Éditions,le professeur Pierre Josué Agénor CADET nous livre une œuvre d’une envergure rare, à la fois ambitieuse, documentée et engagée. Cet essai de plus de 200 pages, structuré en 20 chapitres thématiques, constitue une véritable fresque politico-sociale de l’Haïti contemporaine. De la chute de la dictature en 1986 à l’impasse actuelle, l’auteur opère une plongée lucide dans les entrailles d’un État en perdition, tout en traçant des pistes pour une renaissance nationale.
Une lecture méthodique de l’histoire récente
L’ouvrage débute par une analyse rigoureuse des soubresauts politiques qui ont marqué la période post-duvaliériste : transition démocratique inaboutie, élections contestées, émergence de nouveaux acteurs politiques sans projet national clair, militarisation puis démilitarisation de la vie publique, et la montée en puissance des gangs armés. À travers un récit sobre, mais implacable, Pierre Josué Agénor CADET dissèque les mécanismes d’un effondrement progressif mais prévisible de l’appareil étatique.
Chaque chapitre revient sur un aspect précis de cette lente désagrégation : la perte d’autorité de l’État, la désinstitutionalisation des pouvoirs publics, la politisation de l’éducation, la corruption rampante, le rôle des élites économiques et la mainmise des puissances étrangères sur les affaires internes du pays. Il met en lumière la façon dont les choix politiques successifs ont conduit à la rupture du contrat social, à l’effritement de la confiance citoyenne, et à la banalisation de la violence.
Une approche transversale et critique
Mais l’essai va bien au-delà d’un constat. Le professeur CADET articule son analyse autour de trois axes fondamentaux : le politique, le social et l’économique. Il interroge la notion même de gouvernance en Haïti, la faiblesse des institutions judiciaires, la faillite des systèmes de santé et d’éducation, et l’exclusion structurelle de larges couches de la population. Il s’attarde aussi sur la place des jeunes, des femmes, des diasporas, et sur la mémoire collective, souvent instrumentalisée ou négligée.
Par une écriture claire, dense et parfois mordante, il réussit à rendre accessibles des concepts complexes, tout en convoquant les grands penseurs haïtiens et internationaux pour nourrir sa réflexion. Le résultat : un livre qui se lit à la fois comme un essai politique, un manuel d’analyse sociologique, et un appel à la révolte morale.
Vingt chapitres pour comprendre et reconstruire
Chacun des vingt chapitres de l’essai est conçu comme une pièce d’un vaste puzzle. Certains titres parlent d’eux-mêmes : L’État en panne, Les intellectuels démissionnaires, Gouverner sans vision, Haïti sous tutelle, Les territoires perdus de la République, La jeunesse sacrifiée, La corruption normalisée, Vers une souveraineté fictive, etc. Ensemble, ils brossent un portrait sans complaisance de la situation actuelle, tout en refusant le fatalisme.



