Entre Paralysie Politique et Espoirs Déçus, quel bilan des trois mois de Fritz Jean à la tête du CPT ?
Trois mois après son installation à la tête du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) en Haïti, Fritz Alphonse Jean, est passé de l’objet d’une euphorie prudente qui accompagnait son entrée en fonction à une profonde désillusion.
Par La rédaction · Port-au-Prince
· 4 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Trois mois après son installation à la tête du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) en Haïti, Fritz Alphonse Jean, est passé de l’objet d’une euphorie prudente qui accompagnait son entrée en fonction à une profonde désillusion. Annoncé comme une figure de consensus et porteur d’un projet de rupture avec l’ancienne classe politique décriée, l’ancien gouverneur de la Banque centrale peine à transformer cette transition en levier de redressement politique, sécuritaire et institutionnel.
Un leadership hésitant et sans autorité
Autrefois réputé pour sa rigueur technocratique, il semble avoir été dépassé par les dynamiques conflictuelles du Conseil. Loin de faire preuve de l’autorité nécessaire pour impulser une action collective et coordonnée, il a souvent été réduit à un rôle de modérateur passif. Les luttes internes, les ambitions personnelles et les jeux d’influence entre les différents représentants politiques siégeant au CPT ont paralysé la prise de décisions. Jean, au lieu de trancher ou de guider, s’est enlisé dans la recherche d’un consensus souvent introuvable.
Aucune avancée significative sur le plan sécuritaire
L’un des enjeux majeurs de la transition reste la crise sécuritaire. Pourtant, après trois mois, les gangs armés contrôlent toujours la majorité de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Le Conseil, sous la présidence de Jean, a échoué à définir une stratégie claire contre la criminalité organisée. La Mission multinationale de soutien à la sécurité, annoncée depuis plusieurs mois, reste suspendue à des engagements extérieurs, pendant que le CPT peine à rétablir la confiance au sein de la Police nationale d’Haïti (PNH) ou à structurer un dispositif de riposte.
Une diplomatie de transition quasi inexistante
Sur le plan international, le leadership de Jean n’a pas permis de redorer l’image d’Haïti ni de rassurer les partenaires étrangers. L’absence d’un discours diplomatique cohérent, d’une stratégie de plaidoyer claire auprès de l’OEA, de la CARICOM ou de l’ONU, ainsi que l’ambiguïté sur le calendrier de transition, ont entretenu le flou. À l’exception de quelques rencontres formelles, le CPT n’a pas profité de cette fenêtre critique pour repositionner Haïti dans le concert des nations ou pour formuler une demande d’assistance mieux encadrée.
Silence sur les réformes structurelles et absence de cap économique
Alors que la population attendait des signaux forts sur les réformes institutionnelles (justice, Constitution, gouvernance publique), le Conseil, sous la présidence de Jean, est resté muet ou flou sur ces questions. Aucun chantier de réforme n’a été lancé, aucun calendrier crédible n’a été présenté. Sur le plan économique, alors que le pays s’enfonce dans la récession, aucune vraie mesure urgente ou plan de relance n’a émergé. La communication du Conseil, par ailleurs inefficace, a renforcé l’impression d’un pouvoir lointain, sourd et incapable de rassurer.



