Haïti sous tutelle : quand l’impérialisme dicte la politique nationale
, le samedi 31 janvier 2026 — Les déclarations faites le 29 janvier 2026 au Conseil de sécurité des Nations unies par la représentante suppléante des États-Unis, Jennifer Locetta, marquent une étape supplémentaire dans la normalisation de la tutelle internationale sur Haïti.
Par Jean Wesley Pierre · Port-au-Prince
· 4 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Port-au-Prince, le samedi 31 janvier 2026 — Les déclarations faites le 29 janvier 2026 au Conseil de sécurité des Nations unies par la représentante suppléante des États-Unis, Jennifer Locetta, marquent une étape supplémentaire dans la normalisation de la tutelle internationale sur Haïti. Ce jour-là, Washington n’a pas seulement exprimé une opinion diplomatique : il a tracé une ligne de commandement, désigné un chef à maintenir en place et ordonné la dissolution d’une institution haïtienne, le Conseil présidentiel de transition (CPT), au plus tard le 7 février 2026.
Nous ne sommes plus dans l’assistance internationale. Nous sommes dans l’administration politique d’un État souverain par des puissances étrangères, sous couvert de sécurité, de stabilité et de lutte contre les gangs armés.
La souveraineté haïtienne, variable d’ajustement géopolitique
En affirmant que le maintien du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est « essentiel » à la stabilisation d’Haïti, les États-Unis se substituent de facto au peuple haïtien et à ses institutions. Ils ignorent sciemment une réalité politique pourtant documentée : une majorité des membres votants du CPT a adopté une résolution en faveur de son renvoi.
Ce choix unilatéral illustre une logique impériale bien connue :
la légitimité ne vient plus du vote, du consensus national ou de la loi, mais de la conformité aux intérêts stratégiques des puissances dominantes.
Le BINUH : vitrine humanitaire, instrument politique
La prorogation d’une année supplémentaire du mandat du BINUH, avec des missions prétendument « recentrées », s’inscrit dans une continuité historique : celle des missions internationales incapables d’apporter la paix, mais extrêmement efficaces pour neutraliser la souveraineté haïtienne.
Depuis plus de deux décennies, chaque mission onusienne promet stabilité et reconstruction. Le résultat est connu de tous :
- gangs plus puissants,
- institutions plus faibles,
- État plus dépendant,
- population plus vulnérable.
- recherchent l’aval des chancelleries plutôt que celui du peuple,
- confondent gouvernance et survie politique personnelle,
- marchandent la souveraineté nationale contre une reconnaissance internationale.