Les Émirats arabes unis annoncent leur retrait surprise de l’OPEP à partir du 1er mai 2026
Par Jean Wesley Pierre, Wideberlin SENEXANT · Port-au-Prince
· 3 min de lecture
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Les Émirats arabes unis ont surpris la communauté pétrolière internationale, mardi 28 avril 2026, en annonçant leur retrait de l’OPEP et de l’alliance OPEP+ à compter du 1er mai. Une décision historique motivée par « l’intérêt national » et la volonté de reconquérir leur souveraineté énergétique.
C’est un séisme diplomatique et énergétique. Les Émirats arabes unis (EAU), l’un des plus grands producteurs de pétrole au monde, ont officialisé mardi leur départ de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et de l’alliance élargie OPEP+ qui associe notamment la Russie. Le retrait prendra effet le 1er mai 2026, selon un communiqué de l’agence de presse officielle Wam.
Ce départ surprise fragilise directement le cartel mené par l’Arabie saoudite, déjà éprouvé par les départs successifs du Qatar (2019), de l’Équateur (2020) et de l’Angola (2023). Il intervient dans un contexte de tensions extrêmes au Moyen-Orient, où le conflit israélo-américain contre l’Iran a quasiment fermé le détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement un cinquième du brut mondial.
« L’intérêt national » avant tout
Dans son communiqué, Wam justifie cette décision par « la vision stratégique et économique à long terme des Émirats arabes unis ainsi que l’évolution de leur profil énergétique, notamment l’accélération des investissements dans la production d’énergie nationale ».
Les Émirats, membres de l’OPEP depuis 1967, rappellent avoir « apporté des contributions importantes et consenti des sacrifices encore plus grands dans l’intérêt de tous ». Mais, ajoute l’agence, « le moment est venu de concentrer nos efforts sur ce que dicte notre intérêt national ».
Traduction concrète : Abou Dhabi ne souhaite plus être contraint par les quotas de production fixés par l’OPEP+. Une fois le détroit d’Ormuz rouvert et les cours stabilisés, les Émirats veulent pouvoir pomper sans limite.
Un affaiblissement structurel de l’OPEP
Pour Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy interrogé par l’AFP, ce retrait marque « un tournant majeur ». « Avec l’Arabie saoudite, les EAU sont l’un des rares membres à disposer d’une capacité de réserve significative – le mécanisme par lequel l’OPEP exerce son influence sur le marché. »
À court terme, l’impact pourrait être limité en raison des perturbations liées à la guerre. Mais à long terme, prévient l’analyste, « cela se traduira par un affaiblissement structurel de l’OPEP ». Les Émirats pourraient être tentés d’augmenter leur production, ce qui soulèvera des questions quant à la pérennité du rôle de l’Arabie saoudite et laissera entrevoir « un marché pétrolier potentiellement plus volatil ».
Quatre millions de barils par jour
Avant le conflit au Moyen-Orient, les Émirats arabes unis figuraient au quatrième rang des 22 producteurs de l’OPEP+, derrière l’Arabie saoudite, la Russie et l’Irak, avec environ 3,5 millions de barils par jour. Certaines sources proches du ministère de l’Énergie évoquent une capacité réelle proche des 4 millions.
Le retrait des EAU, couplé aux tensions géopolitiques, pourrait redessiner durablement la carte énergétique mondiale. Reste à savoir si d’autres membres suivront cet exemple, ou si Riyad parviendra à maintenir la cohésion d’un cartel déjà malmené.



