Mardi de la nation: la machine électorale est lancée
Par Jean Wesley Pierre · Port-au-Prince
· 4 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Le gouvernement acte le décret électoral et présente un plan technique, mais la faisabilité du scrutin dans un contexte d’insécurité extrême interroge.
PORT-AU-PRINCE, Haïti – le 2 décembre 2025 – Le gouvernement de transition haïtien a franchi une étape administrative majeure dans la perspective d’un retour à un ordre constitutionnel. Lors d’une communication officielle « Mardi de la Nation », le secrétaire d’État à la Communication, Monsieur Bendgy Tilias, et le ministre délégué chargé des questions électorales et de révision constitutionnelle, Joseph André Gracien Jean, ont détaillé les avancées concrètes en vue de l’organisation d’élections. Cette annonce intervient dans un climat de scepticisme profond, où la promesse électorale se heurte à la réalité d’un territoire en grande partie contrôlé par des gangs armés.
Le grand « chantier » des élections lancé malgré l’insécurité qui persiste
La position du gouvernement, exposée par M. Tilias, repose sur un postulat : ne pas attendre que la sécurité soit totalement rétablie pour enclencher le processus. « L’organisation des élections est l’un des plus grands chantiers de ce gouvernement, et l’une des conditions sine qua non est la SÉCURITÉ. Cependant, on ne peut attendre l’établissement de la sécurité pour mettre en œuvre les démarches, lancer la machine », a-t-il déclaré.
Cette approche vise à créer un effet d’entraînement et à démontrer une volonté politique, mais elle soulève immédiatement la question de la faisabilité d’un vote libre et sécurisé dans des zones en conflit.
Les outils juridiques et techniques dévoilés
Le cœur de l’annonce réside dans l’adoption, en Conseil des ministres le lundi 1er décembre, d’un décret électoral. Ce texte, selon les autorités, « dictera la bonne marche à suivre » et doit encadrer la collaboration avec le Conseil Électoral Provisoire (CEP), garant de l’indépendance du processus. M. Gracien Jean a insisté sur l’absence souhaitée d’« interférences » entre le gouvernement et le CEP, une précision cruciale pour la crédibilité du scrutin.
Les innovations techniques présentées sont significatives et répondent à des faiblesses critiques des élections passées :
- Mise à jour du registre électoral : Une révision considérée comme essentielle pour la transparence et la légitimité du scrutin.
- Décentralisation du dépouillement : Le décret prévoit la création d’un centre de tabulation par département, connecté en réseau à un centre national. Cet aménagement vise à accélérer la publication des résultats et à éviter les longs délais et opacités du passé, sources de crises.
- Participation de la diaspora : Pour la première fois, un cadre légal éclairci est évoqué pour permettre aux Haïtiens de l’étranger de voter comme « de véritables électeurs », reconnaissant leur rôle dans la vie nationale.
- Le dilemme de la sécurité face au calendrier électoral : Le gouvernement admet que la sécurité est une condition sine qua non, tout en lançant la machine. Où se situe le point de non-retour ? À quel moment le manque de sécurité contrôlera-t-il définitivement la tenue du vote dans des zones-clés ? La communauté internationale, qui finance et soutient le processus, acceptera-t-elle un scrutin partiel ou boycotté par une large partie de la population par peur ?
- La crédibilité du CEP et l’acceptation des résultats : Le CEP devra opérer dans un environnement hyper-polarisé. Sa capacité à être perçu comme indépendant, et l’acceptation des résultats par tous les acteurs politiques – surtout les perdants – restent l’épreuve décisive de toute transition électorale haïtienne.
- L’écart entre la capitale et les territoires gangrenés : Les formations politiques et les centres de tabulation peuvent être organisés dans des zones sécurisées.