Clarens Renois annonce la sortie prochaine de deux livres : un témoignage de guerre entre Haïti et Jérusalem, un essai politique pour un sursaut national
Par Jean Wesley Pierre · Port-au-Prince
· 5 min de lecture
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Clarens Renois ne cesse de surprendre. Homme de parole en Haïti, critique acerbe de la transition, acteur politique engagé à la tête d’UNIR-Haïti, il est aussi – et peut-être d’abord – un écrivain. C’est sous cette dernière casquette qu’il s’est confié ce lundi 27 avril 2026 au journal Le Relief, annonçant l’achèvement et la prochaine parution de deux livres.
« Il y a un va-et-vient incessant entre le politique et l’écrivain. », se décrit-il lui-même. Une formule qui résume sa double vie : celle d’un observateur engagé et d’un homme de plume pour qui l’écriture est autant un exutoire qu’un acte de résistance.
Premier ouvrage : un témoignage de guerre entre Haïti et Jérusalem
Le premier livre est d’une nature rare. Clarens Renois y raconte son immersion forcée dans la guerre. Bloqué en Israël, alors que le pays était en état de conflit actif, il a vécu de l’intérieur ce qu’il décrit comme une épreuve de frayeur quotidienne.
« Je rends témoignage à ce sujet, pour dire aux gens comment j’ai vécu cette guerre, leur raconter ce que j’ai traversé dans l’appartement où je me trouvais, dans la peur des avions qui bombardaient et le hurlement des sirènes antimissiles. », confie-t-il.
Ce récit se veut une plongée brute, sans filtre, dans le quotidien d’un civil pris au piège d’un conflit qu’il n’a pas choisi.
L’originalité de l’ouvrage tient à sa double perspective : l’auteur ne se contente pas de décrire les bombardements ou les alertes. Il propose un « voyage entre Haïti et Jérusalem », mettant en parallèle deux pays que tout oppose géographiquement, mais que la violence, l’incertitude et la résilience rapprochent étrangement.
Pourquoi Haïti ? Parce que, selon Renois, on ne peut comprendre la résistance d’un peuple sans avoir éprouvé soi-même la peur et la survie au quotidien. Ce témoignage, annonce-t-il, n’est pas un reportage de guerre classique. C’est une confession existentielle.
Ce premier livre pourrait surprendre le public haïtien, plus habitué aux prises de position politiques du journaliste et leader d’UNIR-Haïti, Clarens Renois qu’à une introspection personnelle. Pourtant, c’est peut-être là sa plus grande force. En racontant la guerre vue d’un appartement, sans héroïsme ni posture, Renois rejoint une tradition de la littérature testimoniale – celle de l’écrivain qui ne rapporte pas des faits, mais des émotions. Un pari risqué, mais potentiellement puissant pour toucher un lectorat jeune, souvent indifférent aux analyses géopolitiques classiques.
Deuxième ouvrage : un essai politique, cri de cœur pour Haïti
Le second livre est d’une nature plus familière chez Clarens Renois. Il s’agit d’un essai politique, mais qu’il ne faut pas réduire à un simple programme déguisé.
« C’est un livre qui tient davantage de l’essai politique, une déclaration d’amour et de foi aussi envers. », précise-t-il.
L’auteur y défend une idée centrale : malgré les épreuves, malgré les effondrements institutionnels, Haïti possède « une histoire extraordinaire » qui mérite qu’on se batte pour elle.
L’essai est conçu comme un appel, un « cri de cœur », pour provoquer ce que Renois appelle « un sursaut citoyen national ».
Selon lui, ce sursaut est déjà en germe quelque part dans la société haïtienne. Il ne s’agit pas d’attendre un sauveur ou une intervention extérieure, mais de permettre à ce mouvement spontané de s’exprimer, de s’organiser et de reprendre le chemin des idéaux fondateurs de la nation : liberté, égalité, fraternité.
L’ouvrage se veut à la fois lucide et résolument optimiste. Lucide sur l’ampleur du désastre —insécurité, corruption, effondrement des services publics. Optimiste sur la capacité des Haïtiens à refuser le chaos.
En écrivant un essai politique ouvertement lyrique – « déclaration d’amour » – Renois prend le contre-pied des analyses technocratiques qui dominent le débat national. Là où d’autres voient des indicateurs macroéconomiques ou des plans de réformes, il appelle d’abord à une reconquête symbolique. C’est une position qui peut être critiquée — trop d’émotion, pas assez de concret —, mais qui a le mérite de rappeler que la politique haïtienne ne saurait se réduire à une gestion de l’urgence. L’enjeu est aussi civilisationnel : que signifie être Haïtien aujourd’hui ?
Deux livres achevés, en phase d’édition
Clarens Renois est formel : les deux manuscrits sont finis. Ils se trouvent actuellement « dans la phase d’édition avant que la publication soit faite ».
Aucune date précise de sortie n’a été avancée, mais l’annonce suggère que les ouvrages pourraient être disponibles très prochainement.
« Un incessant voyage entre le politique et l’écrivain »
Cette double annonce confirme une singularité chez Clarens Renois dans le paysage haïtien.
Contrairement à beaucoup d’hommes politiques qui publient des mémoires d’apparat ou des programmes déguisés, lui semble cultiver une véritable posture d’écrivain – au sens noble du terme.
Le témoignage de guerre, en particulier, le place dans une catégorie rare : celle des intellectuels haïtiens ayant vécu un conflit armé autre que celui de leur propre pays. Ce décalage offre un regard neuf, presque comparatiste, sur la violence politique.
Quant à l’essai politique, il intervient à un moment où Haïti traverse l’une de ses périodes les plus sombres. Appeler au « sursaut citoyen » peut sembler naïf. Mais Renois parie que l’espoir, même têtu, est plus subversif que le pessimisme convenu.
Un signal fort dans le silence éditorial haïtien
Dans un pays où l’édition reste un secteur fragile, où les maisons d’édition locales peinent à survivre, l’annonce de deux livres par une personnalité comme Clarens Renois est un événement en soi. Elle rappelle que la littérature et la politique peuvent encore dialoguer, malgré le bruit des armes et le vacarme de la communication immédiate.
Reste à savoir si ces deux ouvrages trouveront leur public. Le témoignage de guerre, par son caractère universel, pourrait séduire au-delà des frontières d’Haïti. L’essai politique, lui, sera jugé sur sa capacité à convaincre que le sursaut citoyen est encore possible.
En attendant, Clarens Renois a déjà gagné son pari : celui de faire exister, par l’écriture, une parole libre, personnelle et engagée. « Entre le politique et l’écrivain », dit-il. Mais finalement, les deux ne font peut-être qu’un.



