UrgentNenel Cassy à cœur ouvert : 17 jours qui ont marqué un parcours
Car il n’existe aucune différence entre celui qui se livre et celui qui refuse de se battre. Peut-être même que le premier a encore le courage de sa propre faiblesse, tandis que le second abandonne jusqu’à son âme.
Par Tchedly Jackson Alexis · Port-au-Prince
· 3 min de lecture
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

J’ai rencontré Nenel Cassy pour la première fois en 2016 alors que je n’avais que 15 ans. C’était dans la résidence de l’ex-président Jocelerme Privert. À cette époque, Nenel était encore sénateur. Je me souviens encore du jeune enthousiaste que j’étais ce jour-là, curieux de découvrir les hommes qui façonnaient le destin du pays. Mais derrière le costume du politique, j’ai surtout découvert un homme d’une simplicité rare, humble dans son attitude, profondément humain dans ses paroles. Son discours n’était ni celui de la haine ni de la division : il parlait de conciliation, de dialogue, d’une nouvelle Haïti qu’il rêvait plus juste et plus digne.
Neuf ans plus tard, nos chemins se sont recroisés sur le tarmac brûlant de la politique haïtienne. Cette fois, les discussions n’étaient plus celles d’un adolescent admiratif face à un sénateur ; elles étaient celles de deux hommes confrontés aux douleurs d’un pays en crise. Nous nous sommes accordés sur plusieurs points, notamment sur l’urgence absolue d’offrir une véritable sortie de crise à Haïti. Il m’a parlé de ses propositions, de ses initiatives, de sa vision. Et malgré les divergences que la politique impose parfois, je les ai trouvées cohérentes, sincères et portées par une volonté réelle de reconstruire.
Puis vint l’épreuve.
Quelques mois plus tard, SN fut arrêté. Dix-sept jours derrière les barreaux. Dix-sept jours d’humiliation, de silence forcé et d’angoisse pour ses proches. Dix-sept jours durant lesquels ses amis, ses alliés et tous ceux qui croyaient encore à la justice ont dénoncé ce qui ressemblait à une persécution politique orchestrée par le conseiller-président Fritz Jean ainsi que par le directeur général de la police Normil Rameau de l’époque.
Oui, Nenel Cassy est un homme controversé. Mais les hommes qui osent prendre position le deviennent souvent dans des pays où la vérité dérange. Moi, je lui ai accordé le bénéfice du doute. J’ai choisi de faire confiance à la justice de mon pays, tout en refusant de me taire devant ce qui me semblait être une tentative de salir son nom et d’abattre un homme par l’opinion avant même de le juger.
Et dix-sept jours plus tard, la justice haïtienne l’a libéré. Blanchi. Ce fait-là, personne ne pourra le lui enlever. Parce que les murs des prisons peuvent enfermer un homme, mais ils ne suffisent pas toujours à emprisonner la vérité.
Aujourd’hui, cet ami personnel, cet homme pour qui j’ai beaucoup d’estime, publie un livre bouleversant dans lequel il raconte son périple dans la fosse aux lions. Dix-sept jours emprisonné pour ses prises de position. Dix-sept jours à regarder l’injustice dans les yeux sans renoncer à ses convictions. Dans cet ouvrage, l’ancien sénateur revient sur son parcours politique, sur la nomination du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et sur sa vision d’une nouvelle Haïti.
J’invite chacun à lire cette page d’histoire, parce que certaines blessures appartiennent désormais à la mémoire collective et ne pourront jamais être réécrites. Son arrestation fut un fait. Sa libération aussi. Et comme on le dit souvent : la défaite du droit n’est jamais définitive. Dans son cas, elle ne fut que provisoire.
Mes amis, je les assume. Tout comme j’assume mes positions et mes convictions. Depuis lors, l’ancien sénateur est devenu un ami, un confident, un frère de combat que je ne saurais soutenir dans l’ombre.
Alors, SN, permet-moi de te féliciter pour cette œuvre née de la douleur, de l’épreuve et de la résistance. Je te souhaite force et courage pour la suite. Continue le combat, car comme tu me le répètes souvent : la politique est un éternel combat. N’abandonne jamais, cher ami. Va de l’avant.
Car il n’existe aucune différence entre celui qui se livre et celui qui refuse de se battre. Peut-être même que le premier a encore le courage de sa propre faiblesse, tandis que le second abandonne jusqu’à son âme.
Toi, SN, tu n’as jamais cessé de te battre et c’est précisément ce qui fait de toi un combattant. Kenbe La !!!
Tchedly Jackson Alexis



