Doctorat /Validation d’expérience et le mésusage d’Honoris causa : une insulte à la pensée scientifique et à l’intelligence collective
Dr Serge Philippe Pierre (Ph.D.) Le week-end dernier, était organisée une cérémonie de graduation au cours de laquelle a été accordé le titre de DOCTEUR (Ph.D) à des citoyens, simplement par validation des acquis et de l’expérience, ce qui n’existe nulle part au monde.
Par La Rédaction · Port-au-Prince
· 7 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Dr Serge Philippe Pierre (Ph.D.)
Le week-end dernier, était organisée une cérémonie de graduation au cours de laquelle a été accordé le titre de DOCTEUR (Ph.D) à des citoyens, simplement par validation des acquis et de l’expérience, ce qui n’existe nulle part au monde. Le journal en ligne Métronome (Radio Télé Metronome) a crié au scandale en tirant avec force la sonnette d’alarme : « D’aucuns pensent que le gouvernement intérimaire, via le MENFP, doit réagir en urgence dans ce dossier en vue de mettre de l’ordre dans cette cacophonie. Si cette intervention n’est pas faite, ce sera la fin du diplôme haïtien » lit-on dans un tweet de Métronome, déclaration considérée comme un cri de détresse, un cri d’alerte maximale. Effectivement, le gouvernement a agi avec vigueur et célérité, à travers le ministère de l’Education nationale. Bravo.
Dois-je rappeler, d’entrée de jeu, que dans l’univers académique mondial, la valeur et la force d’un diplôme de doctorat découlent de l’ultime reconnaissance de l’effort intellectuel, de la rigueur méthodologique, de l’innovation scientifique et de l’éthique de recherche. Obtenir ce titre suppose des années de lectures assidues, de doutes incessants, de méthodologies éprouvées et de contributions inédites au corpus de la connaissance. C’est une longue, sinueuse et éreintante marche qui ne saurait en aucun cas se résumer à un simple parcours administratif ou à une validation hâtive de l’expérience professionnelle. Pourtant, en Haïti, une réalité inquiétante vient ternir le prestige de l’enseignement supérieur et jeter un discrédit profond sur la valeur même du savoir : l’existence de prétendues institutions universitaires qui se livrent à des pratiques contraires à la loi, en proposant des diplômes de doctorat à travers la reconnaissance et la validation des acquis et de l’expérience, alors même que la législation haïtienne, votée par le parlement et publiée le 15 février 2019, interdit explicitement de telles pratiques pour les cycles de licence, de maîtrise et de doctorat. Ce décalage entre le cadre normatif officiel et ces agissements de certaines institutions constitue une alarme pour l’ensemble de la société, car il engage non seulement l’avenir de la jeunesse estudiantine, mais aussi la crédibilité du pays face aux standards internationaux de production et de transmission des connaissances.
Le doctorat n’est pas un artifice honorifique (comme par exemple le cas d’Honoris causa), ni une distinction que l’on octroie pour flatter un ego ou sanctifier une carrière professionnelle. Il s’agit du point culminant d’un processus éducatif exigeant qui ne se contente pas d’attester une compétence ou une expérience, mais qui valide une capacité de recherche, une contribution à la science universelle et une aptitude à ouvrir des voies nouvelles dans un champ disciplinaire donné. En prétendant substituer cette rigueur par la reconnaissance des acquis et de l’expérience, non seulement on piétine le socle épistémologique sur lequel repose l’université, mais participe à une dangereuse banalisation du savoir. La loi de 2019, en prohibant explicitement ces pratiques, avait pour but de sanctuariser le domaine académique et de préserver la valeur des titres universitaires, tout en évitant leur marchandisation. Or, ce que l’on observe, c’est une entreprise de déviation : les acquis professionnels, certes respectables et utiles, se voient travestis en équivalents de recherche doctorale et les diplômes deviennent des objets de transaction où l’expérience de terrain se substitue frauduleusement à l’innovation scientifique.



