Le projet de Constitution, un coup d’État des oligarchies contre le peuple
Par La Rédaction · Port-au-Prince
· 9 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Le Conseil présidentiel de transition et le gouvernement Fils-Aimé ont reçu le projet de Constitution élaboré par un groupe de travail, assisté de quelques experts dont les noms n’ont pas été rendus publics. Ils ont, ce faisant, annoncé la tenue d’un référendum constitutionnel visant à supprimer, une fois pour toutes, l’actuelle Constitution, adoptée par le peuple il y a 38 ans.
Cette annonce est une honte ! Qui sont ces individus à la manœuvre dans cette sale affaire ? Toujours les mêmes, comme l’a rappelé l’ancien sénateur Steveson. Cette fois encore, ils récidivent avec vigueur. C’est le clan mafieux de René Préval, allié à celui de l’ex-président Jovenel Moïse, unis dans une ultime offensive contre la démocratie en Haïti. Pour eux, la Constitution de 1987 — qu’ils ne connaissent même pas — serait une source d’instabilité et ferait obstacle à une bonne gouvernance.
Leur démarche vise avant tout à instaurer un président fort et autoritaire, en démantelant les garanties de l’État de droit fondées sur un système de contrepoids et de modération du pouvoir présidentiel. En Haïti, qui dit changement constitutionnel dit lutte de pouvoir et affrontement entre classes sociales, comme l’a écrit l’historien Claude Moïse, professeur émérite à l’Université de Montréal.
Nous sommes en effet dans un contexte de lutte pour le pouvoir, où l’objectif des dirigeants actuels n’est pas d’épurer le texte de 1987 de ses imperfections pour en faire un document de fierté nationale, mais de se maintenir au pouvoir en confisquant les élections à venir.
Pour reprendre les mots de Marcel Gilbert, la classe traditionnelle détentrice du pouvoir d’État, franchit une nouvelle étape dans sa violence contre le peuple. Les classes dominantes, nourries à la violence, ne cèdent que devant une force plus grande qu’elles. Ce projet de Constitution est un acte de violence contre la démocratie et l’État de droit. Il remet en cause l’indépendance nationale et ouvre la porte à toutes sortes de menaces extérieures.
C’est par devoir citoyen et intellectuel — sans faux-fuyants ni complaisance — que je choisis de livrer au public une série de textes consacrés à ce projet de Constitution remis dans l’actualité par les autorités en place. Dans un contexte marqué par la sécheresse de la pensée critique et l’absence de passion pour l’interrogation, il m’importe de contribuer à un débat éclairé. Car l’objectif réel de ce processus, c’est de gagner du temps pour mieux siphonner les ressources de l’État, tout en imposant une Constitution taillée sur mesure pour un régime autocratique — bien éloigné du rêve de gouvernance du peuple haïtien, qui aspire à un État juste, démocratique, garant de son bien-être.
*La participation populaire est exclue*
On se souvient que les premiers amendements apportés au texte fondateur de 1987 ont permis, en 2011, à René Préval d’empêcher la participation populaire dans le processus politique, en excluant les collectivités territoriales du choix des membres du Conseil électoral permanent. Dans le processus de sélection des membres du Conseil électoral, les compétences que la Constitution de 1987 avait attribuées aux Assemblées départementales, lesquelles, il faut le souligner, n’ont jamais été constituées pour des raisons politiques liées à la consolidation d’un pouvoir oligarchique, éloigné du peuple, ont été transférées aux pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Ces amendements n’étaient pas le fruit du hasard : René Préval, avec ses partisans regroupés dans ses structures politiques — Vérité, Inité et Lespwa — ainsi qu’une partie de l’oligarchie financière, dont l’influence est particulièrement forte dans cet attelage CPT-gouvernement, espéraient, avec les élections de 2010, prendre le pouvoir en Haïti pour une période illimitée. Le coup a été déjoué, le projet contrarié, par l’arrivée de Michel Martelly au pouvoir, imposé par Washington. Préval n’est plus, mais le groupe qu’il a mis en place demeure assez puissant pour mettre le pays en déroute et régression démocratique. C’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui.



