Port-au-Prince ou le pays qui marche sur ses fesses
Par La Rédaction · Port-au-Prince
· 2 min de lecture · Mis à jour le 23 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Il dit que les murs du cimetière sont tombés. Que les morts, las d’attendre, se sont levés. De la rue Oswald Durand à Fleury Bathier, ils ont déserté leurs tombes pour venir juger les vivants.
Mais qui, ici, peut encore soutenir le regard d’un fantôme? Montseigneur Guilloux est nue. Rue Alerte est devenue une veuve silencieuse. Plus un camion ne la traverse. Elle reste là, figée, guettant un retour qui n’aura pas lieu. J’ai envie de revoir la rue Laraque. Ruelle Vilgrain me revient, éclat d’enfance. Et toi, rue Montalais, princesse d’antan, comment vas-tu, ma tendre oubliée? Mais Port-au-Prince ne répond plus. Elle marche sur ses fesses, traînée par les morts, dans une procession sans fin, sans grâce, sans dignité. Chaque jour, les invisibles m’invitent à leur messe obscure. Guedénibo m’attend. C’est à la rue des Arts Plastiques que je dois aller me rincer mon âme. Trop de morts dans ma ville. Trop de silences qui hurlent.
Et les vivants?
Des morts qui respirent par accident. Venlégédé! Bwa Loray!
Offrez-nous un dernier éclair.
Pas pour voir. Non.
Mais pour brûler ce qui reste
et recommencer. Yves Carmel Lafortune
1er Juillet 2025
Fll.



