Angle Rue Chavannes et Capois, au gré de mes souvenirs de ma ville
Par La Rédaction · Port-au-Prince
· 3 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

“Champ de Mars pa tap chan’n Mas si m pat konn ale la…” Rien ne serait pareil sans cet angle-là. Sans cette confluence de souvenirs, d’odeurs, de bottes qui claquent et de voix d’écoliers. Tèt Chavannes n’est pas qu’un croisement, c’est un cœur battant, un battement perdu, une boussole d’exilé. Ce fut jadis un quartier calme, avant de devenir un carrefour animé, palpitant, où toujours quelque chose se passe. Le cireur de bottes est encore là, à l’angle, devant la maison des Gattereaux. Derrière lui, le coiffeur ambulant, presque sacré, fait sa pénitence en allant et venant, au rythme des visites à Radio Caraïbes. Politiciens, sénateurs, députés, ministres, voleurs, vicieux, passants, étudiants, journalistes, enfants… tous y défilaient, en une procession urbaine, haïtienne jusqu’à la moelle. Et chaque fois que j’y pense, c’est comme si j’y retournais. La rue Marcelin avait toujours un goût fade. L’impasse Cantave aussi. J’aimais contempler l’oblique du prolongement de la rue Waag, hésitant entre le bar de l’Ère et la rue Fleur de Chêne. Une pensée émue pour le docteur Eddy Arnold Jean, qui m’interpellait souvent au passage, pour parler Foucault et Deleuze, avant de nous rendre chez Gran’n V pour déguster un ragoût ou un poisson bien épicé. Je pense souvent à la rue Capois, ce fil rouge de mes rêves de bâtisseur de ville. L’urbaniste que j’avais rencontré à Tèt Chavannes m’avait confié qu’il fallait absolument élargir cette rue et la prolonger jusqu’à Delmas. Je n’ai pas eu le temps de débattre du projet. Les architectes, me semble-t-il, ont oublié leur métier, autant que Ti Malice a laissé l’école pour se faire beurre… et beurrier aussi. Hier soir, j’ai parlé à Albert Mangonès. Oui, en rêve. Il expliquait aux Gouverneurs de la Rosée comment reconstruire. Quand il aura fini de nous transmettre sa science, je serai le premier à venir rebâtir ma ville. Ti Zando, ti Zando, fèy nan bwa rele mwen…
Ti Zando, ti Zando, fèy nan bwa rele mwen… (Azor) Yves Lafortune
Miami, le 17 juillet 2024



