Déclaration de patrimoine de Marc-Elie Nelson : un geste de transparence ou une simple formalité sans lendemain ?
Par Jean Wesley Pierre · Port-au-Prince · · 3 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Le Jeudi 10 avril 2026, Marc-Elie Nelson a fait son devoir. Accompagné de ses collaborateurs, il s’est rendu au siège de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) pour y déposer sa déclaration de patrimoine d’entrée en fonction. Beau geste, diront les naïfs. Obligation légale, répondront les réalistes. Mais dans un pays où les ministres et hauts fonctionnaires accumulent les biens sans jamais être inquiétés, à quoi sert vraiment cette paperasse ?
Une loi appliquée par à-coups
La loi du 20 février 2008 sur la transparence de la vie publique n’a jamais été véritablement appliquée en Haïti. Depuis sa promulgation, combien de ministres ont été sanctionnés pour déclaration frauduleuse ? Combien d’enrichissements illicites ont été poursuivis ? La réponse est simple : aucun, ou si peu que les doigts d’une seule main suffisent. L’ULCC, censée être le gardien de l’intégrité publique, est une institution fantôme, sous-financée, sous-équipée et surtout sous influence politique.
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a exhorté tous ses ministres à se conformer. Belle musique. Mais où sont les sanctions pour ceux qui ne l’ont pas encore fait ? Silence radio. Où est le rapport public consolidé des déclarations ? Inexistant. Les Haïtiens n’ont jamais vu la couleur des patrimoines déclarés par leurs dirigeants, protégés par un « secret professionnel » qui sert surtout à protéger les prédateurs.
Un ministre qui joue la comédie de la vertu
Marc-Elie Nelson, en déposant son dossier avec force photos et communiqué de presse, ne manque pas de cynisme. Il sait très bien que sa déclaration ne sera jamais vérifiée sérieusement. L’ULCC dispose de soixante jours pour examiner le document. Soixante jours pendant lesquels rien ne se passera, comme toujours. Ensuite, le rapport sera classé. Et en fin de mandat, si Nelson repart avec un patrimoine multiplié par dix, qui le saura ? Personne, car aucune déclaration de fin de fonction n’est réellement contrôlée.
Les Haïtiens ne sont pas dupes. Ils voient leurs ministres rouler en véhicules de luxe, construire des villas dans les quartiers huppés, envoyer leurs enfants étudier à l’étranger, avec des traitements officiels dérisoires. La déclaration de patrimoine est devenue une mascarade de plus, un rituel hypocrite qui permet aux politiciens de se donner bonne conscience tout en continuant à piller les caisses de l’État.
Le MAST, un ministère parmi d’autres
Le ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST) est l’un des plus sensibles, censé protéger les plus vulnérables. Mais sous l’ère Nelson, aucun bilan tangible. Les programmes sociaux sont inexistants, le chômage explose, et la protection des travailleurs est un vœu pieux. Pendant ce temps, le ministre fait sa déclaration de patrimoine. Comme si cela suffisait à masquer son inaction.



