Désignation des gangs haïtiens comme terroristes : le CARDH fait mise sur des actions concrètes
Par Wideberlin SENEXANT · Port-au-Prince
· 3 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Alors que la terreur imposée par les gangs armés continue de déchirer Haïti, la désignation du 2 mai 2025 de ces groupes comme terroristes pourrait bien marquer un changement radical dans la réponse nationale et internationale à cette crise. Le CARDH propose une analyse approfondie de cette mesure, ses fondements, ses implications et ses limites.
Le 6 mai 2025, le Centre d’Analyse et de Recherche en Droits de l’Homme (CARDH) a publié une étude stratégique sur la désignation des gangs armés comme terroristes en Haïti. Cette proposition, longtemps évoquée mais jamais concrétisée, prend une nouvelle dimension dans un contexte où la violence des gangs atteint des niveaux inédits. Le CARDH soutient qu’une telle désignation, bien qu’elle soit une mesure juridique, doit être encadrée par une politique d’ensemble rigoureuse pour être réellement efficace.
*Une nécessité face à l’escalade de la violence*
Depuis 2018, la montée en puissance des gangs armés, leur structuration en coalitions comme le G9 et G-Pep, et leur emprise sur la capitale et certaines régions du pays ont plongé Haïti dans une situation de terreur quotidienne. Plus de 90 % de Port-au-Prince sont sous contrôle ou influence de ces groupes. Leurs actions dépassent largement les infractions ordinaires : massacres, enlèvements, viols collectifs, destructions de communautés entières – des actes que le CARDH assimile à des crimes contre l’humanité, voire au terrorisme.
*Fondements juridiques de la désignation*
L’organisation des droits humains rappelle que le droit international, notamment la Convention interaméricaine contre le terrorisme et les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, permet la désignation de groupes non étatiques comme terroristes. En droit interne, une base existe à travers le décret-loi du 26 décembre 2001, qui offre une définition légale du terrorisme. En s’appuyant sur ces fondements, l’État haïtien peut légalement procéder à cette désignation.
*Un outil, mais pas une panacée*
Toutefois, le CARDH insiste : désigner les gangs comme terroristes est une mesure utile, mais insuffisante en soi. Elle doit s’inscrire dans une stratégie plus large, comprenant :
– la réforme du système judiciaire et pénitentiaire,
– le démantèlement des réseaux de financement et d’approvisionnement en armes,
– le renforcement des capacités policières,
– et surtout, la volonté politique de s’attaquer aux collusions entre gangs et secteurs influents.
*Enjeux politiques et diplomatiques*
Cette désignation aurait des implications importantes à l’échelle nationale et internationale. Sur le plan local, elle permettrait d’accroître la pression judiciaire sur les auteurs et complices de violences. À l’international, elle pourrait entraîner des sanctions ciblées, le gel des avoirs et la coopération accrue avec les agences de sécurité étrangères. Toutefois, une telle mesure pourrait aussi susciter des réticences diplomatiques si elle est perçue comme une manœuvre politique.



