Quand la lutte anticorruption se heurte aux accusations : La lettre de Me Jean-Henry Céant ravive le débat sur l’ULCC
Par La Rédaction · Port-au-Prince
· 5 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

La lutte contre la corruption en Haïti, enjeu vital pour l’avenir du pays, connaît un nouvel épisode de controverse. Dans une lettre ouverte datée du 24 septembre 2025 et adressée au bâtonnier de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Jean-Henry Céant, notaire et membre du Barreau, dénonce avec virulence la décision du Conseil de l’Ordre d’honorer Me Jacques Hans Joseph, directeur général de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC).
Cette distinction, présentée comme une reconnaissance pour « sa contribution à l’élévation des valeurs de la profession d’avocat », est qualifiée par Céant de « faux pas » entaché d’« hypocrisie » et de « manœuvres intéressées ».
Quand la récompense divise
Le 17 septembre dernier, le Barreau de Port-au-Prince a remis une plaque d’honneur à Me Jacques Hans Joseph, saluant son engagement professionnel et sa contribution à la défense de l’éthique. Mais pour Me Céant, cette reconnaissance revient à « célébrer un maître-chanteur ».
Dans sa lettre, l’ancien Premier ministre n’hésite pas à accuser le patron de l’ULCC d’avoir usé de son pouvoir pour exercer du chantage et manipuler des dossiers de corruption. Il affirme même avoir été personnellement victime de représailles après avoir refusé des sollicitations qu’il qualifie de suspectes.
Me Céant rappelle qu’en août 2021, il avait déjà adressé une plainte publique au Conseil de l’Ordre, dénonçant les méthodes de l’ULCC et la conduite de son directeur. À l’époque, aucune suite n’avait été donnée. « Ni le Conseil de l’Ordre, ni l’intéressé n’ont jugé utile de répondre ou de me poursuivre en diffamation », écrit-il, estimant que le Barreau a préféré « la complaisance » au débat de fond.
Créée pour enquêter sur les cas de corruption et protéger les finances publiques, l’ULCC est aujourd’hui au centre d’un paradoxe. D’un côté, elle multiplie les initiatives publiques contre la corruption : Ce vendredi 5 septembre, Hans Joseph, via l’ULCC organisait une foire baptisée « Je Dénonce », invitant les jeunes à pointer du doigt les corrompus et à s’engager pour la transparence.
Pour de nombreux observateurs et militants anticorruption, le directeur de l’ULCC incarne une figure de rigueur et de courage. Ses partisans saluent ses enquêtes sensibles, ses prises de position publiques et sa capacité à défier des intérêts puissants.
Mais d’un autre côté, l’institution est régulièrement accusée d’agir avec excès, de sélectionner ses dossiers en fonction de considérations politiques, et même de procéder à des arrestations en dehors des cadres stricts de la puissance publique.
Dans sa lettre, Me Céant dénonce des « dossiers tissés au fil du chantage », des rapports « scandaleux » et une justice instrumentalisée. Il reproche au Barreau de n’avoir jamais organisé un débat sur « les limites et les pouvoirs de l’ULCC », alors que la population reste avide d’informations claires sur le rôle exact de l’institution.



